Avant de savoir pourquoi.

Avant de savoir pourquoi.


Essai #1 · Juin 5, 2026 · 4 min de lecture


En avril dernier, je déjeunais avec un ami à la terrasse d'une brasserie parisienne.


Avec Gilles, nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais le courant est passé rapidement entre nous.


Il m'a parlé de son travail.


De sa famille.


De ses responsabilités.


Puis il s'est arrêté.


Je sentais qu'il hésitait.


Qu'il tournait autour d'un sujet plus important.


Puis il m'a regardé et a fini par dire :


« J'ai 50 ans et j'ai l'impression de regarder le temps passer devant moi. »


Il a marqué une pause.


« Il y a toujours quelque chose à faire. Un email auquel répondre. Une réunion à organiser. Une urgence à gérer. Au bureau ou à la maison. Je n'ai jamais vraiment de temps pour moi. »


J'ai laissé un silence.


Puis je lui ai demandé : pourquoi ne pas prendre une heure par jour pour toi ? 


Une heure pour lire.


Pour écrire.


Pour marcher.


Pour faire quelque chose pour toi. Que pour toi.


Il m'a regardé quelques secondes.


Puis il m’a dit : 


« Ça ne compte pas. »


« Lire. Écrire. Prendre du temps pour moi. J'ai l'impression que ça ne compte pas vraiment. » répéta-t-il.


J’avais déjà entendu ça des dizaines de fois.


Chez des dirigeants.


Chez des amis.


Et chez moi aussi.


Nous vivons dans un monde qui décide de ce qui compte.


Les emails comptent.


Les réunions comptent.


Les échéances comptent.


Les factures comptent.


La productivité compte.


Mais lire pendant une heure ?


Écrire sans objectif précis ?


Marcher sans savoir où l'on va ?


Tout de suite, c'est beaucoup plus difficile à défendre.


Comme si tout devait avoir une finalité avant de mériter notre attention.


Comme si chaque désir devait prouver son utilité.


Beaucoup d'entre nous ne s'autorisent plus à vouloir quelque chose sans lui avoir trouvé une raison valable.


Une raison pratique.


Productive.


Raisonnable.


Ecrire si ça devient un livre.


Courir si c’est pour un marathon.


Voyager si c’est pour raconter.


Mais le désir n’a pas d’horizon et s'affranchit des raisons communes.


Certaines des décisions les plus importantes de ma vie ont commencé par des désirs que j'étais incapable de justifier.


Prendre un avion.


Écrire sur le foot.


Déménager.


Sans raison.


Ça ne résolvait aucun problème.


Ça n'optimisait rien.


Ça ne me rapprochait d'aucun objectif.


Juste des questions et une réponse : oui.


Au plus nous vivons entourés de réponses, au plus nous sommes devenus mal à l'aise avec les questions.


Les algorithmes nous disent quoi regarder.


Les experts quoi penser.


Les réseaux sociaux quoi admirer.


Tout le monde semble avoir une méthode, un système, un plan.


C'est peut-être pour cela que tant de personnes ont le sentiment d'être bloquées.


Non pas parce qu'elles manquent d'informations.


Mais parce qu'elles rencontrent rarement des espaces où leurs questions peuvent exister avant d'être évaluées.


Avant d'être optimisées.


Avant d'être transformées en objectif.


Un espace vitale, où un désir peut enfin être entendu.


Et le comprendre une fois seulement après avoir eu le courage de le suivre.



— Kevin

En avril dernier, je déjeunais avec un ami à la terrasse d'une brasserie parisienne.


Avec Gilles, nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais le courant est passé rapidement entre nous.


Il m'a parlé de son travail.


De sa famille.


De ses responsabilités.


Puis il s'est arrêté.


Je sentais qu'il hésitait.


Qu'il tournait autour d'un sujet plus important.


Puis il m'a regardé et a fini par dire :


« J'ai 50 ans et j'ai l'impression de regarder le temps passer devant moi. »


Il a marqué une pause.


« Il y a toujours quelque chose à faire. Un email auquel répondre. Une réunion à organiser. Une urgence à gérer. Au bureau ou à la maison. Je n'ai jamais vraiment de temps pour moi. »


J'ai laissé un silence.


Puis je lui ai demandé : pourquoi ne pas prendre une heure par jour pour toi ? 


Une heure pour lire.


Pour écrire.


Pour marcher.


Pour faire quelque chose pour toi. Que pour toi.


Il m'a regardé quelques secondes.


Puis il m’a dit : 


« Ça ne compte pas. »


« Lire. Écrire. Prendre du temps pour moi. J'ai l'impression que ça ne compte pas vraiment. » répéta-t-il.


J’avais déjà entendu ça des dizaines de fois.


Chez des dirigeants.


Chez des amis.


Et chez moi aussi.


Nous vivons dans un monde qui décide de ce qui compte.


Les emails comptent.


Les réunions comptent.


Les échéances comptent.


Les factures comptent.


La productivité compte.


Mais lire pendant une heure ?


Écrire sans objectif précis ?


Marcher sans savoir où l'on va ?


Tout de suite, c'est beaucoup plus difficile à défendre.


Comme si tout devait avoir une finalité avant de mériter notre attention.


Comme si chaque désir devait prouver son utilité.


Beaucoup d'entre nous ne s'autorisent plus à vouloir quelque chose sans lui avoir trouvé une raison valable.


Une raison pratique.


Productive.


Raisonnable.


Ecrire si ça devient un livre.


Courir si c’est pour un marathon.


Voyager si c’est pour raconter.


Mais le désir n’a pas d’horizon et s'affranchit des raisons communes.


Certaines des décisions les plus importantes de ma vie ont commencé par des désirs que j'étais incapable de justifier.


Prendre un avion.


Écrire sur le foot.


Déménager.


Sans raison.


Ça ne résolvait aucun problème.


Ça n'optimisait rien.


Ça ne me rapprochait d'aucun objectif.


Juste des questions et une réponse : oui.


Au plus nous vivons entourés de réponses, au plus nous sommes devenus mal à l'aise avec les questions.


Les algorithmes nous disent quoi regarder.


Les experts quoi penser.


Les réseaux sociaux quoi admirer.


Tout le monde semble avoir une méthode, un système, un plan.


C'est peut-être pour cela que tant de personnes ont le sentiment d'être bloquées.


Non pas parce qu'elles manquent d'informations.


Mais parce qu'elles rencontrent rarement des espaces où leurs questions peuvent exister avant d'être évaluées.


Avant d'être optimisées.


Avant d'être transformées en objectif.


Un espace vitale, où un désir peut enfin être entendu.


Et le comprendre une fois seulement après avoir eu le courage de le suivre.



— Kevin