Je ne te reconnais pas.

Je ne te reconnais pas.


#3· June 20, 2026 · 5 min de lecture


« J’aime pas ta lettre de motivation. »


J’avais écrit des dizaines de lettres.


Pour des amis.


Pour des collègues.


Pour des clients que j’accompagnais.


À force, c’était devenu une mécanique.


Je savais exactement quels verbes utiliser. 


Quels mots-clés placer. 


Comment raconter un parcours. 


Avec quel narratif.


Comment transformer une faiblesse en force. 


Comment donner envie à quelqu’un d’ouvrir une porte.


Puis il y a quelques années, alors que je réécrivais la mienne pour un nouveau job, je l’ai envoyée à Stefanie.


  • « J’aime pas. »


J’ai souri.


  • T’aimes pas quoi exactement ?


  • « Je te reconnais pas. »


Silence.


Puis elle a ajouté :


  • « Ça pourrait être la lettre de n’importe qui. »


Venant d'elle qui me connaît le mieux. Cette phrase m’est restée.


Parce qu’elle dépassait largement une lettre de motivation.


J’avais cru faire ce qu’il fallait. 


J’avais essayé de répondre aux attentes. 


De cocher les cases. 


De ressembler au candidat idéal.


Et sans m’en rendre compte, j’avais effacé tout ce qui me rendait reconnaissable.


Et tout ça, c’était avant l’IA.


*****


Avec le temps, j’ai commencé à voir ce phénomène partout.


Chez les candidats.


Chez les entrepreneurs.


Chez les créateurs.


Chez les amoureux.


Partout où quelque chose compte vraiment.


Nous passons notre temps à observer ceux qui réussissent.


Nous étudions leurs habitudes, leurs routines, leurs systèmes, leurs stratégies.


Nous cherchons les bonnes réponses chez les autres avant même de nous poser les bonnes questions pour nous-mêmes.


Et c’est compréhensible.


Les recettes rassurent.


Elles nous donnent l’impression qu’il existe un chemin balisé vers la réussite.


Alors nous imitons.


Nous reprenons les mêmes tournures.


Les mêmes références.


Les mêmes opinions.


Les mêmes façons de parler.


Sur LinkedIn, tout le monde écrit pareil.


Dans les lettres de motivation, tout le monde se présente pareil.


Sur les applications de rencontre, tout le monde se décrit pareil.


Même nos singularités finissent parfois par se ressembler.


Nos voix deviennent inaudibles.


*****


Pendant longtemps, il existait une excuse.


Les bonnes écoles.


Les bons réseaux.


Les recruteurs.


Les éditeurs.


Les investisseurs.


En un mot, les gardiens des portes.


Si nous n’avancions pas, c’était leur faute.


Ils ne nous avaient pas choisis.


Aujourd’hui, cette excuse disparaît peu à peu.


Nous pouvons écrire un livre.


Créer un site.


Lancer un podcast.


Construire un logiciel.


Partager une idée avec le monde entier.


La plupart des barrières techniques se sont effondrées.


Et l’intelligence artificielle accélère encore ce mouvement.


Beaucoup imaginent qu’elle va créer davantage de gagnants.


Je crois qu’elle va surtout révéler quelque chose.


Quand tout le monde possède les mêmes outils, la différence ne vient plus des outils.


Elle vient de la singularité.


Du discernement.


De la capacité à distinguer authenticité de ce qui n’est que du réchauffé.


*****


L’IA peut écrire.


Elle peut coder.


Elle peut dessiner.


Elle peut produire.


Mais elle ne décide pas à votre place de ce qui vaut la peine d’être créé.


J’ai vu des gens produire dix fois plus de contenu qu’avant.


Plus de posts.


Plus de vidéos.


Plus de produits.


Mais rarement plus de valeur.


L’IA accélère tout.


Y compris la médiocrité.


Pendant longtemps, produire était rare.


Aujourd’hui, c’est l’attention qui est rare.


Demain, ce sera la singularité.


Parce que lorsque tout le monde peut créer, ce qui compte n’est plus la capacité à produire.


C’est la capacité à proposer quelque chose que personne d’autre n’aurait pu produire.


*****


Je crois que c’est ce que Stefanie essayait de me dire.


Elle ne critiquait pas ma lettre.


Elle critiquait mon imitation.


J’étais tellement concentré sur ce qu’un bon candidat était censé écrire que j’avais oublié d’écrire comme moi.


Tellement concentré sur les attentes en face de moi, que j’avais oublié mon désir à moi.


J’essayais de gagner un jeu conçu par quelqu’un d’autre.


La plupart des gens abordent leur vie de cette façon.


Ils cherchent le modèle idéal.


Le candidat idéal.


Le partenaire idéal.


Le manager idéal.


L’entrepreneur idéal.


Puis ils passent des années à essayer de lui ressembler.


Sans réaliser que tous les autres font exactement la même chose.


À force de vouloir entrer dans la case, nous devenons interchangeables.


À force de chercher à correspondre, nous devenons remplaçables.


Les portes s’ouvrent peut-être.


Mais elles débouchent sur une salle remplie de clones.


*****


On parle beaucoup de concurrence.


Je suis de moins en moins convaincu qu’elle existe vraiment.


La concurrence n’existe que lorsque deux personnes jouent au même jeu.


Or les individus qui vivent leur vie jouent rarement au même jeu que les autres.


Ils inventent le leur.


À mesure que les outils deviennent accessibles à tous, une seule chose prend de la valeur.


La seule qui n’ait jamais pu être copiée.


Votre regard.


Votre histoire.


Votre façon d’assembler les pièces.


Vous.


Les gagnants ne sont pas ceux qui jouent mieux que les autres.


Ce sont ceux qui jouent un jeu que les autres ne peuvent pas jouer.



Kevin GK



« J’aime pas ta lettre de motivation. »


J’avais écrit des dizaines de lettres.


Pour des amis.


Pour des collègues.


Pour des clients que j’accompagnais.


À force, c’était devenu une mécanique.


Je savais exactement quels verbes utiliser. 


Quels mots-clés placer. 


Comment raconter un parcours. 


Avec quel narratif.


Comment transformer une faiblesse en force. 


Comment donner envie à quelqu’un d’ouvrir une porte.


Puis il y a quelques années, alors que je réécrivais la mienne pour un nouveau job, je l’ai envoyée à Stefanie.


  • « J’aime pas. »


J’ai souri.


  • T’aimes pas quoi exactement ?


  • « Je te reconnais pas. »


Silence.


Puis elle a ajouté :


  • « Ça pourrait être la lettre de n’importe qui. »


Venant d'elle qui me connaît le mieux. Cette phrase m’est restée.


Parce qu’elle dépassait largement une lettre de motivation.


J’avais cru faire ce qu’il fallait. 


J’avais essayé de répondre aux attentes. 


De cocher les cases. 


De ressembler au candidat idéal.


Et sans m’en rendre compte, j’avais effacé tout ce qui me rendait reconnaissable.


Et tout ça, c’était avant l’IA.


*****


Avec le temps, j’ai commencé à voir ce phénomène partout.


Chez les candidats.


Chez les entrepreneurs.


Chez les créateurs.


Chez les amoureux.


Partout où quelque chose compte vraiment.


Nous passons notre temps à observer ceux qui réussissent.


Nous étudions leurs habitudes, leurs routines, leurs systèmes, leurs stratégies.


Nous cherchons les bonnes réponses chez les autres avant même de nous poser les bonnes questions pour nous-mêmes.


Et c’est compréhensible.


Les recettes rassurent.


Elles nous donnent l’impression qu’il existe un chemin balisé vers la réussite.


Alors nous imitons.


Nous reprenons les mêmes tournures.


Les mêmes références.


Les mêmes opinions.


Les mêmes façons de parler.


Sur LinkedIn, tout le monde écrit pareil.


Dans les lettres de motivation, tout le monde se présente pareil.


Sur les applications de rencontre, tout le monde se décrit pareil.


Même nos singularités finissent parfois par se ressembler.


Nos voix deviennent inaudibles.


*****


Pendant longtemps, il existait une excuse.


Les bonnes écoles.


Les bons réseaux.


Les recruteurs.


Les éditeurs.


Les investisseurs.


En un mot, les gardiens des portes.


Si nous n’avancions pas, c’était leur faute.


Ils ne nous avaient pas choisis.


Aujourd’hui, cette excuse disparaît peu à peu.


Nous pouvons écrire un livre.


Créer un site.


Lancer un podcast.


Construire un logiciel.


Partager une idée avec le monde entier.


La plupart des barrières techniques se sont effondrées.


Et l’intelligence artificielle accélère encore ce mouvement.


Beaucoup imaginent qu’elle va créer davantage de gagnants.


Je crois qu’elle va surtout révéler quelque chose.


Quand tout le monde possède les mêmes outils, la différence ne vient plus des outils.


Elle vient de la singularité.


Du discernement.


De la capacité à distinguer authenticité de ce qui n’est que du réchauffé.


*****


L’IA peut écrire.


Elle peut coder.


Elle peut dessiner.


Elle peut produire.


Mais elle ne décide pas à votre place de ce qui vaut la peine d’être créé.


J’ai vu des gens produire dix fois plus de contenu qu’avant.


Plus de posts.


Plus de vidéos.


Plus de produits.


Mais rarement plus de valeur.


L’IA accélère tout.


Y compris la médiocrité.


Pendant longtemps, produire était rare.


Aujourd’hui, c’est l’attention qui est rare.


Demain, ce sera la singularité.


Parce que lorsque tout le monde peut créer, ce qui compte n’est plus la capacité à produire.


C’est la capacité à proposer quelque chose que personne d’autre n’aurait pu produire.


*****


Je crois que c’est ce que Stefanie essayait de me dire.


Elle ne critiquait pas ma lettre.


Elle critiquait mon imitation.


J’étais tellement concentré sur ce qu’un bon candidat était censé écrire que j’avais oublié d’écrire comme moi.


Tellement concentré sur les attentes en face de moi, que j’avais oublié mon désir à moi.


J’essayais de gagner un jeu conçu par quelqu’un d’autre.


La plupart des gens abordent leur vie de cette façon.


Ils cherchent le modèle idéal.


Le candidat idéal.


Le partenaire idéal.


Le manager idéal.


L’entrepreneur idéal.


Puis ils passent des années à essayer de lui ressembler.


Sans réaliser que tous les autres font exactement la même chose.


À force de vouloir entrer dans la case, nous devenons interchangeables.


À force de chercher à correspondre, nous devenons remplaçables.


Les portes s’ouvrent peut-être.


Mais elles débouchent sur une salle remplie de clones.


*****


On parle beaucoup de concurrence.


Je suis de moins en moins convaincu qu’elle existe vraiment.


La concurrence n’existe que lorsque deux personnes jouent au même jeu.


Or les individus qui vivent leur vie jouent rarement au même jeu que les autres.


Ils inventent le leur.


À mesure que les outils deviennent accessibles à tous, une seule chose prend de la valeur.


La seule qui n’ait jamais pu être copiée.


Votre regard.


Votre histoire.


Votre façon d’assembler les pièces.


Vous.


Les gagnants ne sont pas ceux qui jouent mieux que les autres.


Ce sont ceux qui jouent un jeu que les autres ne peuvent pas jouer.



Kevin GK