Leur plus grande défaite.

Leur plus grande défaite.


#7· Juillet 15, 2026 · 3 min de lecture


Quelques minutes après le match, Ezgi m’a envoyé un message.


Tu dois absolument écrire sur ce match la semaine prochaine.


Comme Louise ou Dina, Ezgi me lance des idées.


Relit les essais.


Critique le fond.


A souvent raison.


Je lui ai répondu que je n’étais pas sûr.


Pas après une telle humiliation.


Puis j’ai repensé à ce que j’avais ressenti devant la télé.


Je n’étais pas frustré par la défaite.


Je l’étais par autre chose.


Pendant quatre-vingt-dix minutes, j’avais eu l’impression de regarder une équipe qui avait oublié pourquoi elle jouait.


Ils couraient.


Ils défendaient.


Ils appliquaient les consignes.


Mais quelque chose avait disparu.


Je ne voyais personne demander le ballon avec impatience.


Personne célébrer un retour défensif.


Personne relever un coéquipier après une erreur.


Ils jouaient.


Mais ils ne semblaient plus aimer jouer.


Parce qu’on reconnaît rarement ceux qui aiment à ce qu’ils disent.


On les reconnaît à leur manière d’être là.


À leur manière de courir.


De regarder.


De se battre.


En les regardant, je me suis souvenu d’une interview de Lamine Yamal.


Le journaliste lui demandait comment il gérait la pression.


Il avait répondu, presque en souriant :


« Il y a des choses bien plus graves que le football. »


Et j’avais l’impression que c’était précisément pour cette raison qu’il jouait avec autant de liberté.


Le football n’était pas toute sa vie.


Mais pendant quatre-vingt-dix minutes…


Il l’aimait comme si rien d’autre n’existait.


À l’inverse, les Français me donnaient l’impression de porter quelque chose de beaucoup plus lourd.


Comme si jouer était devenu une responsabilité.


Comme si gagner avait fini par prendre toute la place.


Et je me suis demandé à quel moment une passion cesse d’être un jeu.


À quel moment ce que nous aimons devient quelque chose que nous devons réussir.


À quel moment nous arrêtons de jouer pour commencer à gérer.


Dans un travail.


Dans un couple.


Dans une entreprise.


Même dans un projet qui nous faisait vibrer.


Au début, on avance parce qu’on aime.


Puis, sans s’en rendre compte, on avance parce qu’il faut.


On protège ce que l’on a construit.


On protège son image.


Ses résultats.


Les attentes des autres.


Et parfois, en voulant tout préserver…


On oublie la seule chose qui nous avait donné envie de commencer.


Je repense souvent à cette phrase.


Ils ne se battaient pas pour ce qu’ils aimaient.


Ils n’aimaient plus ce pour quoi ils se battaient.



Ils avaient perdu 2–0.


Ce n’était pas leur plus grande défaite. 



— Kevin

Quelques minutes après le match, Ezgi m’a envoyé un message.


Tu dois absolument écrire sur ce match la semaine prochaine.


Comme Louise ou Dina, Ezgi me lance des idées.


Relit les essais.


Critique le fond.


A souvent raison.


Je lui ai répondu que je n’étais pas sûr.


Pas après une telle humiliation.


Puis j’ai repensé à ce que j’avais ressenti devant la télé.


Je n’étais pas frustré par la défaite.


Je l’étais par autre chose.


Pendant quatre-vingt-dix minutes, j’avais eu l’impression de regarder une équipe qui avait oublié pourquoi elle jouait.


Ils couraient.


Ils défendaient.


Ils appliquaient les consignes.


Mais quelque chose avait disparu.


Je ne voyais personne demander le ballon avec impatience.


Personne célébrer un retour défensif.


Personne relever un coéquipier après une erreur.


Ils jouaient.


Mais ils ne semblaient plus aimer jouer.


Parce qu’on reconnaît rarement ceux qui aiment à ce qu’ils disent.


On les reconnaît à leur manière d’être là.


À leur manière de courir.


De regarder.


De se battre.


En les regardant, je me suis souvenu d’une interview de Lamine Yamal.


Le journaliste lui demandait comment il gérait la pression.


Il avait répondu, presque en souriant :


« Il y a des choses bien plus graves que le football. »


Et j’avais l’impression que c’était précisément pour cette raison qu’il jouait avec autant de liberté.


Le football n’était pas toute sa vie.


Mais pendant quatre-vingt-dix minutes…


Il l’aimait comme si rien d’autre n’existait.


À l’inverse, les Français me donnaient l’impression de porter quelque chose de beaucoup plus lourd.


Comme si jouer était devenu une responsabilité.


Comme si gagner avait fini par prendre toute la place.


Et je me suis demandé à quel moment une passion cesse d’être un jeu.


À quel moment ce que nous aimons devient quelque chose que nous devons réussir.


À quel moment nous arrêtons de jouer pour commencer à gérer.


Dans un travail.


Dans un couple.


Dans une entreprise.


Même dans un projet qui nous faisait vibrer.


Au début, on avance parce qu’on aime.


Puis, sans s’en rendre compte, on avance parce qu’il faut.


On protège ce que l’on a construit.


On protège son image.


Ses résultats.


Les attentes des autres.


Et parfois, en voulant tout préserver…


On oublie la seule chose qui nous avait donné envie de commencer.


Je repense souvent à cette phrase.


Ils ne se battaient pas pour ce qu’ils aimaient.


Ils n’aimaient plus ce pour quoi ils se battaient.



Ils avaient perdu 2–0.


Ce n’était pas leur plus grande défaite. 



— Kevin