Deux vies possibles.
C’est exactement ce que je voulais dire.
#8· Juillet 18, 2026 · 4 min de lecture
« C’est mieux que le sexe. »
Je me suis mis à rire.
Arnaud a souri.
« Je te jure. Mieux que le sexe. Mieux que toutes les sensations que j'ai connues. Je n’ai jamais rien ressenti de pareil. »
Quelques semaines plus tôt, j’étais allé le voir au théâtre.
Il jouait Dieter Lange dans OVNI de Viripaïev.
À la fin de la représentation, nous avions à peine eu le temps d’échanger quelques mots.
Alors nous nous étions promis de prendre le temps.
Quand je suis arrivé à La Marine, le long du canal Saint-Martin, il était déjà installé.
Il a levé la main.
Je l’ai rejoint.
Il avait commandé une bière.
À peine assis, il est revenu sur la pièce.
Il parlait des respirations.
Du sentiment de vivre.
Du silence dans la salle.
De son corps qui articulait les mots.
Du monologue.
« J’étais convaincant, tu trouves ? »
« On m’entendait bien ? Certains m’ont dit que je manquais de coffre. »
Je le regardais.
Il ne racontait pas la représentation.
Il la revivait.
Puis il s’est arrêté.
Il a pris une gorgée de bière.
« Je crois que l’année prochaine, j’arrête. »
Je l’ai regardé.
« Le théâtre ? »
Il a hoché la tête.
« Ça me prend trop de temps. Trop de charge mentale. J’y pense le matin. J’y pense le soir. »
Je n’ai rien répondu.
« Moi, ce que je veux, c’est reprendre une entreprise. »
Je connaissais ce projet.
Cela faisait des années qu’il économisait.
Des années qu’il rencontrait des dirigeants.
Des années qu’il s’y préparait.
Puis il a ajouté :
« Il faut choisir. »
Le silence s’est installé.
Quelque chose ne collait pas.
Quelques minutes plus tôt, il venait de me dire qu’il n’avait jamais rien ressenti d’aussi fort.
Et maintenant, il parlait d’arrêter.
Je lui ai demandé :
« Pourquoi ? »
Il a haussé les épaules.
« Parce qu’on ne peut pas tout faire. »
Je suis resté silencieux.
Puis je lui ai dit :
« Si tu n’y pensais pas depuis aussi longtemps… »
Il m’a regardé.
« Tu choisirais quoi ? »
Il n’a pas répondu.
Alors j’ai continué.
« Arnaud… le vrai Arnaud… »
Silence.
« Dans dix ans… tu te vois où ? »
Il attendait.
« Sur une scène… ou en train de construire cette entreprise ? »
Il est resté silencieux.
Longtemps.
Puis il a souri.
« Si tu veux obtenir quelque chose, alors, il faut le demander, et si tu le demandes véritablement, il y a de grandes chances que tu l'obtiennes. Il faut demander. »
Il citait Dieter. Et sans s’en rendre compte, il me répondait.
Puis, nous avons parlé d’autre chose.
Du travail.
Des vacances.
Des amis.
Mais je n’étais plus vraiment dans cette conversation.
Je continuais à revenir à cette question.
Pendant longtemps, je me suis demandé ce que je voulais faire.
Quel métier.
Quel projet.
Quelle ville.
Puis je me suis souvenu de mes voyages.
Je ne repense presque jamais aux paysages en premier.
Je repense aux personnes.
Aujourd’hui, je crois que je commencerais autrement.
Avec qui ai-je envie de construire les vingt prochaines années ?
Avec qui ai-je envie de travailler ?
Avec qui ai-je envie de me réveiller le matin ?
Avec qui ai-je envie de partager les journées ordinaires ?
Avec qui ai-je envie de construire cette vie ?
J’ai relevé les yeux.
Arnaud regardait le canal.
Je me suis demandé si, au fond, il n’était pas en train de choisir bien plus qu’un métier.
Le théâtre, c’était une troupe.
Des metteurs en scène.
Des comédiens.
La reprise d’entreprise, c’était des salariés.
Des clients.
Des fournisseurs.
Ce n’étaient pas seulement deux projets.
C’étaient deux vies possibles.
Nous avons demandé l’addition.
En nous levant, je ne lui ai pas demandé ce qu’il allait choisir.
Son choix était déjà là.
Il ne lui restait plus qu’à le rejoindre.
— Kevin
« C’est mieux que le sexe. »
Je me suis mis à rire.
Arnaud a souri.
« Je te jure. Mieux que le sexe. Mieux que toutes les sensations que j'ai connues. Je n’ai jamais rien ressenti de pareil. »
Quelques semaines plus tôt, j’étais allé le voir au théâtre.
Il jouait Dieter Lange dans OVNI de Viripaïev.
À la fin de la représentation, nous avions à peine eu le temps d’échanger quelques mots.
Alors nous nous étions promis de prendre le temps.
Quand je suis arrivé à La Marine, le long du canal Saint-Martin, il était déjà installé.
Il a levé la main.
Je l’ai rejoint.
Il avait commandé une bière.
À peine assis, il est revenu sur la pièce.
Il parlait des respirations.
Du sentiment de vivre.
Du silence dans la salle.
De son corps qui articulait les mots.
Du monologue.
« J’étais convaincant, tu trouves ? »
« On m’entendait bien ? Certains m’ont dit que je manquais de coffre. »
Je le regardais.
Il ne racontait pas la représentation.
Il la revivait.
Puis il s’est arrêté.
Il a pris une gorgée de bière.
« Je crois que l’année prochaine, j’arrête. »
Je l’ai regardé.
« Le théâtre ? »
Il a hoché la tête.
« Ça me prend trop de temps. Trop de charge mentale. J’y pense le matin. J’y pense le soir. »
Je n’ai rien répondu.
« Moi, ce que je veux, c’est reprendre une entreprise. »
Je connaissais ce projet.
Cela faisait des années qu’il économisait.
Des années qu’il rencontrait des dirigeants.
Des années qu’il s’y préparait.
Puis il a ajouté :
« Il faut choisir. »
Le silence s’est installé.
Quelque chose ne collait pas.
Quelques minutes plus tôt, il venait de me dire qu’il n’avait jamais rien ressenti d’aussi fort.
Et maintenant, il parlait d’arrêter.
Je lui ai demandé :
« Pourquoi ? »
Il a haussé les épaules.
« Parce qu’on ne peut pas tout faire. »
Je suis resté silencieux.
Puis je lui ai dit :
« Si tu n’y pensais pas depuis aussi longtemps… »
Il m’a regardé.
« Tu choisirais quoi ? »
Il n’a pas répondu.
Alors j’ai continué.
« Arnaud… le vrai Arnaud… »
Silence.
« Dans dix ans… tu te vois où ? »
Il attendait.
« Sur une scène… ou en train de construire cette entreprise ? »
Il est resté silencieux.
Longtemps.
Puis il a souri.
« Si tu veux obtenir quelque chose, alors, il faut le demander, et si tu le demandes véritablement, il y a de grandes chances que tu l'obtiennes. Il faut demander. »
Il citait Dieter. Et sans s’en rendre compte, il me répondait.
Puis, nous avons parlé d’autre chose.
Du travail.
Des vacances.
Des amis.
Mais je n’étais plus vraiment dans cette conversation.
Je continuais à revenir à cette question.
Pendant longtemps, je me suis demandé ce que je voulais faire.
Quel métier.
Quel projet.
Quelle ville.
Puis je me suis souvenu de mes voyages.
Je ne repense presque jamais aux paysages en premier.
Je repense aux personnes.
Aujourd’hui, je crois que je commencerais autrement.
Avec qui ai-je envie de construire les vingt prochaines années ?
Avec qui ai-je envie de travailler ?
Avec qui ai-je envie de me réveiller le matin ?
Avec qui ai-je envie de partager les journées ordinaires ?
Avec qui ai-je envie de construire cette vie ?
J’ai relevé les yeux.
Arnaud regardait le canal.
Je me suis demandé si, au fond, il n’était pas en train de choisir bien plus qu’un métier.
Le théâtre, c’était une troupe.
Des metteurs en scène.
Des comédiens.
La reprise d’entreprise, c’était des salariés.
Des clients.
Des fournisseurs.
Ce n’étaient pas seulement deux projets.
C’étaient deux vies possibles.
Nous avons demandé l’addition.
En nous levant, je ne lui ai pas demandé ce qu’il allait choisir.
Son choix était déjà là.
Il ne lui restait plus qu’à le rejoindre.
— Kevin