Enfin.

Enfin.


#9· Juillet 25, 2026 · 4 min de lecture


Denis est un ami. Il est coach.


Tous les deux ou trois mois, nous déjeunons dans une brasserie, près de La Défense, là où il travaille.


Je lui avais envoyé mon dernier essai.


Je voulais son avis.


Le soir même, il m’avait répondu.


Une seule phrase.


« En coaching, quand la relation est bien établie, une question puissante est : au fond, qu’est-ce que tu veux vraiment ? »


Je n’avais pas répondu.


Pas parce que je n’avais pas le temps.


Parce que je ne savais pas quoi répondre.


Une semaine plus tard, nous sommes assis face à face.


Le serveur dépose les cartes.


Denis les pousse doucement sur le côté.


Il me regarde.


« Alors… »


Silence.


« Au fond, qu’est-ce que tu veux vraiment ? »


Je commence à parler.


Je veux faire grandir Between Us.


Je veux évoluer dans mon travail.


Je veux…


Plus je parle, plus j’ai l’impression de m’éloigner de sa question.


Le serveur revient.


« Vous avez choisi ? »


Je baisse les yeux vers la carte.


Même là, je ne sais plus quoi répondre.


Quand il repart, Denis n’a toujours rien dit.


Il me regarde.


J’essaie encore.


Je reformule.


Je cherche.


Je remplis le silence.


Je parle de mon travail.


Je parle de mes projets.


Je parle de ma vie.


Puis je finis par lâcher.


« Putain…


Je ne sais pas. »


Le dire à voix haute me fait presque honte.


Ça fait des années que je construis des projets.


Des années que je prends des décisions.


Des années que je donne l’impression de savoir où je vais.


Et pourtant, face à cette question toute simple, je suis incapable de répondre.


Il prend une gorgée de vin.


Puis il me demande :


« Qu’est-ce que tu aimes ? »


Je réponds immédiatement.


« Écrire. »


« Et qu’est-ce que tu veux ? »


Silence.


« Écrire. »


Puis les mots arrivent.


Je veux être lu.


Je veux raconter des histoires.


Je veux les écrire en français et en anglais.


Je veux qu’elles rencontrent des gens que je ne connaîtrai probablement jamais.


Je parle de la vie que j’aimerais vivre.


Du temps que j’aimerais retrouver.


De la liberté que j’aimerais que l’écriture m’offre.


Je ne réfléchis plus.


Je parle.


Le serveur revient avec les plats.


Il nous interrompt.


Je ne sais pas depuis combien de temps je parle.


En rentrant, je me suis demandé ce qui venait de se passer.


Pendant le déjeuner, j’avais d’abord essayé de répondre.


Puis, j’avais simplement parlé.


Je ne crois pas que Denis m’ait appris ce que je voulais.


Il n’avait pas trouvé la réponse à ma place.


Il avait seulement retiré, une à une, toutes les réponses derrière lesquelles je me cachais.


Comme si toutes les réponses que j’avais accumulées, la carrière, les projets, les objectifs, les prochaines étapes, faisaient simplement trop de bruit.


Comme si le problème n’avait jamais été de savoir ce que je voulais.


Comme si le bruit de tout le reste m’empêchait simplement de l’entendre.


Je repense au dernier mot de Denis.


« Enfin. »



— Kevin

Denis est un ami. Il est coach.


Tous les deux ou trois mois, nous déjeunons dans une brasserie, près de La Défense, là où il travaille.


Je lui avais envoyé mon dernier essai.


Je voulais son avis.


Le soir même, il m’avait répondu.


Une seule phrase.


« En coaching, quand la relation est bien établie, une question puissante est : au fond, qu’est-ce que tu veux vraiment ? »


Je n’avais pas répondu.


Pas parce que je n’avais pas le temps.


Parce que je ne savais pas quoi répondre.


Une semaine plus tard, nous sommes assis face à face.


Le serveur dépose les cartes.


Denis les pousse doucement sur le côté.


Il me regarde.


« Alors… »


Silence.


« Au fond, qu’est-ce que tu veux vraiment ? »


Je commence à parler.


Je veux faire grandir Between Us.


Je veux évoluer dans mon travail.


Je veux…


Plus je parle, plus j’ai l’impression de m’éloigner de sa question.


Le serveur revient.


« Vous avez choisi ? »


Je baisse les yeux vers la carte.


Même là, je ne sais plus quoi répondre.


Quand il repart, Denis n’a toujours rien dit.


Il me regarde.


J’essaie encore.


Je reformule.


Je cherche.


Je remplis le silence.


Je parle de mon travail.


Je parle de mes projets.


Je parle de ma vie.


Puis je finis par lâcher.


« Putain…


Je ne sais pas. »


Le dire à voix haute me fait presque honte.


Ça fait des années que je construis des projets.


Des années que je prends des décisions.


Des années que je donne l’impression de savoir où je vais.


Et pourtant, face à cette question toute simple, je suis incapable de répondre.


Il prend une gorgée de vin.


Puis il me demande :


« Qu’est-ce que tu aimes ? »


Je réponds immédiatement.


« Écrire. »


« Et qu’est-ce que tu veux ? »


Silence.


« Écrire. »


Puis les mots arrivent.


Je veux être lu.


Je veux raconter des histoires.


Je veux les écrire en français et en anglais.


Je veux qu’elles rencontrent des gens que je ne connaîtrai probablement jamais.


Je parle de la vie que j’aimerais vivre.


Du temps que j’aimerais retrouver.


De la liberté que j’aimerais que l’écriture m’offre.


Je ne réfléchis plus.


Je parle.


Le serveur revient avec les plats.


Il nous interrompt.


Je ne sais pas depuis combien de temps je parle.


En rentrant, je me suis demandé ce qui venait de se passer.


Pendant le déjeuner, j’avais d’abord essayé de répondre.


Puis, j’avais simplement parlé.


Je ne crois pas que Denis m’ait appris ce que je voulais.


Il n’avait pas trouvé la réponse à ma place.


Il avait seulement retiré, une à une, toutes les réponses derrière lesquelles je me cachais.


Comme si toutes les réponses que j’avais accumulées, la carrière, les projets, les objectifs, les prochaines étapes, faisaient simplement trop de bruit.


Comme si le problème n’avait jamais été de savoir ce que je voulais.


Comme si le bruit de tout le reste m’empêchait simplement de l’entendre.


Je repense au dernier mot de Denis.


« Enfin. »



— Kevin